sens de l’histoire

« L’histoire a-t-elle un sens ? »

 

Pour commencer, un extrait de l’un des textes fondamentaux sur le travail de l’historien

« Si  tout ce qui est arrivé est également digne de l’histoire, celle-ci ne devient-elle pas un chaos? Comment un fait y serait-il plus important qu’un autre? Comment tout ne se réduit-il pas à une grisaille d’événements singuliers? La vie d’un paysan nivernais vaudrait celle de Louis XIV; ce bruit de klaxons qui monte en ce moment de l’avenue vaudrait une guerre mondiale… Peut-on échapper à l’interrogation historiste ? Il faut qu’il y ait un choix en histoire, pour échapper à l’éparpillement en singularités et à une indifférence où tout se vaut.

La réponse est double. D’abord l’histoire ne s’intéresse pas à la singularité des événements individuels, mais à leur spécificité (…) ; ensuite les faits, comme on va voir, n’existent pas comme autant de grains de sable. L’histoire n’est pas un déterminisme atomique: elle se déroule dans notre monde, où effectivement une guerre mondiale a plus d’importance qu’un concert de klaxons; à moins que – tout est possible – ce concert ne déclenche lui-même une guerre mondiale; car les « faits » n’existent pas à l’état isolé: l’historien les trouve tout organisés en ensembles où ils jouent le rôle de causes, fins, occasions, hasards, prétextes, etc. Notre propre existence, après tout, ne nous apparaît pas comme une grisaille d’incidents atomiques; elle a d’emblée un sens, nous la comprenons ; pourquoi la situation de l’historien serait-elle plus kafkéenne ? L’histoire est faite de la même substance que la vie de chacun de nous. »

Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire ( 1971).

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